Perag taùein bepred, pen dé er wirioné ?

28 février 2009

L'arrogance française

Je continue à parcourir les nombreux et intéressants ouvrages de Sylvie Goulard sur l'Europe, à commencer par "L'Europe pour les nuls", dans cette collection dont le titre ne me plaisait pas trop au début, mais que j'ai fini par apprécier grâce à plusieurs volumes très bien faits. Celui de Sylvie Goulard est très stimulant et mêle habilement les anecdotes à la description des institutions et à l'ancrage historique de la construction européenne. Je vous en recommande la lecture.
J'ai aussi retrouvé sur le site HISTOIRE@POLITIQUE un entretien avec Syvie Goulard datant de 2007, où j'ai paradoxalement apprécié la critique de l'arrogance française, arrogance que j'ai toujours ressentie avec gêne devant les autres Européens, me réfugiant à chaque fois derrière mon identité bretonne ! Voici le passage qui m'a plu (l'entretien date de 2007, mais on y reconnaîtra sans difficulté l'attitude désobligeante de Sarkozy face aux Tchèques il y a 3 semaines !) :

- La France est trop arrogante ?

Sylvie Goulard : Un peu. Je suis plus sévère pour la France, alors que d’autres pays ont aussi été des empêcheurs de tourner en rond, car elle a une prédilection pour des actions d’éclat, elle ne traîne pas discrètement des pieds, elle se pulvérise sur le mur européen : évoquons la crise de la CED, la conférence de presse du général de Gaulle de janvier 1963, la politique de la chaise vide, le rejet du traité constitutionnel en 2005. Ce comportement est d’autant plus choquant que la France est le pays qui affiche les objectifs les plus élevés. D’autres pays ne font pas grand-chose, mais ils sont entrés dans l’Europe avec peu d’ambition ; ce comportement n’est pas glorieux, mais il a le mérite d’être cohérent. Il suffit de regarder les discours, les mots qui reviennent avec continuité dans les discours français – ce que j’ai fait lorsque j’étais au Centre d’analyses et de prévision –, il s’agit de grandeur et de puissance… Je crois que les Français ont vécu sur une illusion, celle que l’Europe était une substitution à la grandeur perdue. Quel dommage d’avoir gaspillé notre capacité d’influence alors que nous avons toujours des choses à dire ! Le Belge Pierre Defraigne, qui fut le principal collaborateur de Pascal Lamy et est maintenant à la tête du think tank Eur-Ifri [12] , partage cet avis : il dit que l’Europe a toujours besoin de la France, d’un contrepoint à d’autres approches. Mais encore faut-il qu’elle joue un jeu collectif ! Ce que j’ai essayé de montrer, c’est que le mode de fonctionnement personnalisé et hiérarchisé du pouvoir en France se révèle un handicap à Bruxelles. La stratégie des Britanniques repose en grande partie sur leur formidable aptitude à jouer en collectif ; ceci vient, peut-être, de leur système éducatif qui encourage à participer à des équipes, dans lequel il est plus important d’être bon au cricket qu’en mathématiques ! Même si vous avez raison, à Bruxelles, il ne suffit pas d’affirmer, il faut convaincre…

- Que pensez-vous du volontarisme actuel de la France pour sortir l’Europe de l’impasse ?

Sylvie Goulard : Il a des aspects positifs. La France a été trop absente. Il faut rendre hommage à Nicolas Sarkozy de revenir dans le jeu européen, d’ouvrir les débats qui gênent. Mais si l’on veut que cela aboutisse, il ne faut pas donner l’impression aux autres pays qu’on détient « la » vérité sur laquelle ils doivent s’aligner. Par exemple, si l’on veut aborder avec l’Allemagne le problème du nucléaire que l’exécutif français juge indispensable dans la lutte contre les effets de serre, il faut comprendre les raisons de son hostilité, faire en sorte que le débat y ait lieu et tourne en notre faveur, y labourer le terrain de façon décentralisée, répondre aux questions pertinentes posées sur la gestion des déchets... Il faut convaincre les opinions publiques, faire de la « public diplomacy » c’est-à-dire toucher les milieux influents, y compris par exemple l’église protestante – ce type de relais généralement ignoré par les Français –, pour démontrer que le nucléaire est une bonne chose.

http://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=03&rub=portraits

2 commentaires:

Denis Hamon a dit…

Un peu datées mais intéressantes, ces interviews de Sylvie Goulard que vous dégottez de derrière les fagots.
Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle pratiquait pas la langue de bois. Pourvu qu'elle se mette pas au politiquement correct maintenant qu'elle est candidate et encore moins quand elle sera élue...

Patricia de Pornichet a dit…

J'aime bien cet aspect parler franc de la candidate! Elle a semblé, à Paris le jour de la conférence nationale, n'avoir pas changé d'un poil!