Perag taùein bepred, pen dé er wirioné ?

20 janvier 2007

Respecter les croyants

Il semble de bon ton chez les socialistes du Morbihan de railler le sentiment religieux.
Même Jean-Yves Le Drian y est allé de sa petite plaisanterie grivoise contre l'abbé Laudrin lors de la visite de François Hollande à Pontivy le 15 janvier.
C'est facile et cela fait rire, dans des milieux où l'intolérance religieuse fait souvent partie intégrante de l'engagement politique.
Je ne dirais pas que cela m'étonne vraiment, même de Jean-Yves Le Drian, malheureusement. Mais c'est quand même décevant et, je dirais même, blessant pour les croyants.
Il me semble que quelqu'un qui prétend assumer des responsabilités politiques devrait prendre à coeur de respecter les convictions de chacun.

6 commentaires:

Gaëlle a dit…

Avons-nous eu l'honneur de vous accueillir à Pontivy Madame ? Effectivement, Bernard Poignant a relater sa rencontre avec l'abbé Laudrin lors d'un réunion publique à Locminé. Il avait 17 ans.
S'adressant à une jeune femme en la montrant du doigt, l'abbé a dit: "Vous n'allez pas l'écouter, c'est une divorcée". Cette jeune femme voulait juste exprimer son opinion. Quelle belle preuve de tolérance de la part d'un homme de foi élu par le peuple. C'était en 1962.

Christine Bellégo a dit…

Chère Gaëlle,
Contente de te retrouver ! Bonne année à nouveau (ça va être chaud !)
Concernant les plaisanteries antireligieuses de Bernard Poignant et Jean-Yves Le Drian, c'est vrai que j'ai été déçue.
Bernard Poignant fait lui-même la différence entre le PSU (que j'ai toujours apprécié) et la SFIO "antireligieuse et non seulement anticléricale" dit-il dans la revue Le banquet (n°7, 1995).
Il reconnaît aussi l'apport de l'Eglise catholique dans la formation des militants politiques et syndicaux de sa génération et il associe très justement la rigidité de l'Eglise d'avant le Concile à celle de la société de l'époque. C'est pourquoi il me semble abusif de vouloir porter l'opprobre sur les croyants de l'an 2000 parce qu'un prêtre aurait tenu des propos désagréables à une femme divorcée, à une époque où le divorce était mal considéré par la société dans son ensemble.
C'est parce que je connais la formation de Bernard Poignant et Jean-Yves Le Drian que j'ai été déçue du ton qu'ils ont adopté à Pontivy, j'ai trouvé ça facile et pas très correct, ni envers les leurs, ni envers les croyants d'aujourd'hui. car même s'ils ont perdu la foi et fait des choix de vie qui les éloignent de leurs engagements de jeunesse, ils devraient respecter ceux qui les ont formés, et même s'il est de bon ton aujourd'hui de railler les chrétiens, en particulier dans certains milieux de gauche, je pense qu'on ne peut rien construire de solide sur la moquerie ou le mépris. D'ailleurs les rires ainsi provoqués dans la foule me mettent mal à l'aise et me semblent bien éloignés de l'idée que je me fais de la démocratie.
Amicalement,
Christine

locken-ess a dit…

Oui il est important de respecter toutes les croyances de ce pays mais les croyances des autres ne doivent pas non plus piètiner sur la laicité et les valeurs de la républiques.

JO a dit…

Salut Christine, ton article m'a fait m'intéresser à l'abbé Laudrin, et j'ai trouvé ça dans les archives du journal officiel, 1974.

Hervé Landrin: "Parti politique, parti catholique, les deux expressions se contredisent et la réalité est tout autre. Il ne viendrait jamais à l'idée de quiconque, sous peine d'échec, de regrouper les croyants qui s'opposent à un texte. Personne ne s'y est essayé. Nous n'avons même pas osé constituer en France - et c'est heureux à mon avis - comme dans les autes pays occidentaux, une démocratie appelée "chrétienne". Il faut, avec certains théologiens, condamner ce mariage de mots. [...] J'appartiens à un parti politique où se retrouvent toutes les tendances. Son but consiste seulement à travailler dans l'intérêt national. Je crois que sur cette orientation nous pouvons tous nous entendre en dehors des divergences de pensée."

Et c'est marrant, ça m'a fait penser à Bayrou et à l'UDF. D'autres socialistes reviendront plaisanter sur nos mentalités de gros cons de bouseux, c'est sûr, mais en attendant, bonne chance à Bayrou et à toi.

On m'appelle Simplet a dit…

L'abbé Pierre a été enterré cet après-midi. Moine en 1931, prêtre en 1938, militaire en 1939, puis résistant jusqu'à la libération, député de 1945 à 1951, fondateur des Compagnons d'Emmaüs en 1949, médiatisé depuis l'hiver 1954. Par la suite, il sera taxé d'antisémitisme (l'Humanité), hué pour avoir préconisé "la fidélité dans l'amour" (1989, débat sur le sida), accusé de "substituer impunément les signes de la charité à la réalité de la justice" (Barthes). Et aujourd'hui, le gouvernement a perdu une journée de travail pour l'hommage national.
L'abbé Laudrin, licencié en philosophie, concurrent du Football Club de Lorient en fondant le CEP Lorient Football en 1934, résistant et aumônier militaire, a aussi été député de 1958 à 1977. Y a-t-il un rapport entre les deux abbés ? Laudrin est de 10 ans l'aîné de l'abbé Pierre. La région n'est pas la même. La médiatisation a été consentie et utilisée par les deux. L'un a été régulièrement élu puis aujourd'hui raillé, l'autre souvent pris à parti puis aujourd'hui vénéré. De quoi souffre la déconsidération dont fait l'objet l'abbé Laudrin, et pourquoi pour l'abbé Pierre (mais le contexte électoral pourrait tout expliquer) des hommages de tous horizons politiques ? La différence n'est à chercher ni dans la personne ni dans l'oeuvre, mais, comme souvent, la critique nous en apprend plus sur ses auteurs que sur son objet. Question d'actualité, de contexte, de parti. Bernard Poignant a vaincu son complexe européen. Jean-Yves Le Drian est en passe de vaincre son complexe breton. Mais aucun n'a vaincu son complexe de socialiste français. Il y a dans l'élection et les réélections trop faciles d'Hervé Laudrin des relents de populisme, de conservatisme, d'obscurantisme. Il avait le tort d'être breton comme eux, d'un même milieu, de mêmes valeurs. On la lit et on la relit tous les jours en Bretagne, l'histoire du Cheval d'orgueil.

Clamence a dit…

D'où parlez-vous Madame, pour prendre un tel ton ?
L'Abbé Laudrin a pu être un grand résistant et avoir une attitude inadmissible vis-à-vis d'une personne dont le statut social ne lui convenait pas.
D'autre part, si vous voulez comptabiliser les cas d'irrespect à l'égard du clergé et faire la même chose, chaque fois que l'Eglise trahit le message q'elle est sensée porter, je vous souhaite du bonheur!
Je tiens cependant à vous signaler qu'il est vraisemblable que le Christ se moque de vos recensements, il a bien mieux à faire avec l'humanité.